Histoire

Un jour de pluie, mon père est venu me voir et m’a dit: « il est temps que tu saches désormais… », en me tendant un paquet de vieux actes notariés sur le domaine.

Alors évidemment, lorsqu’on se plonge dans ces vieux parchemins, remontant à plusieurs siècles, parfois même écrits en français ancien, on se dit que l’on est bien peu de chose…

Voilà les dates qui comptent dans l’histoire du domaine:

1376, les premières vignes…

Les Bosquets, c’est six siècles d’histoire vigneronne. Les premiers actes notariés portant la mention « vinea culta » sont établis au Lieu dit Les Bosquets, en 1376… Ce sont les premières traces officielles de vignes à Gigondas, même si on date la culture de la vigne dans le secteur à des temps bien plus anciens encore…

1644, la première bâtisse…

Noble Jean de Rivière, alors propriétaire du domaine sous la principauté d’Orange, pose les premières pierres de la bâtisse actuelle. Une vaste ferme provençale, bordée d’un chemin de ronde et d’une tour à créneaux, qui surplombe la vallée telle une vigie…

Dans le Sud, quand on décide de construire, on tient compte des éléments. L’été, il fait chaud, et l’hiver très froid, alors on fait des murs épais pour isoler. On oriente toujours la façade vers le Sud, pour avoir de la lumière. Quand c’est possible, on adosse sa maison à une colline, pour se parer du Mistral. Et bien sûr on tente de s’établir dans un endroit où il y a de l’eau. En l’occurence, la maison est alimentée en eau par une source intarissable, la Font Sereine…

En reprenant ces principes fondamentaux, la bâtisse des Bosquets confère à quiconque pénètre dans son enceinte un sentiment de bien être immédiat…

C’est dans cette bâtisse que la famille Chauvet s’installera en Mai 1674. Les Chauvet étaient les ancêtres de ma grand-mère Juliette…

1861, l’impulsion du visionnaire Eugène Raspail…

Notable vauclusien, Eugène Raspail est connu pour avoir bâti le Château Raspail après avoir trouvé une statue antique sur le lieu même où il érigea le château.

En visionnaire accompli, il est à l’origine de l’avènement qualitatif des terroirs d’altitude de Gigondas. Pionnier de son époque, il fait l’acquisition du Domaine, et y réalise les premiers chemins-fossés, les fameux « bancaous », pour y planter de la vigne en profitant de la fraicheur de l’altitude et de l’exposition des coteaux…

L’avenir lui donnera raison et Gigondas est aujourd’hui la seule appellation méridionale à bénéficier autant de l’influence de l’altitude et d’une exposition « fraîche », ce qui par les temps chauds qui courent, est un atout fondamental.

1961, Gabriel Meffre, le retour du domaine dans la famille, et les grands travaux…

Mon Grand-père Gabriel, un soir, rentre à la maison familiale après avoir fait un tour à l’hôtel des ventes d’Avignon. Il tend un papier à sa femme Juliette. « Tiens, le domaine de tes ancêtres est de retour dans la famille… » Ce qu’il y a de curieux, et ici la réalité dépasse la fiction, c’est qu’il revient, exactement un siècle après, dans les mains de la petite fille du vendeur de 1861…

Visionnaire, acharné de travail, il savait le potentiel de son acquisition. Il entreprend aussitôt un chantier pharaonique pour mettre en évidence les grands terroirs d’altitude des Bosquets. Deux ans plus tard, deux terrasses monumentales, gagnées dans la roche calcaire, sortent littéralement de terre. L’une, celle du haut, est parfaitement exposée, elle s’appelle la Colline. L’autre, juste en dessous et exposée Nord-Ouest, apporte l’équilibre à la première, c’est le Plateau…

Gabriel et Juliette y planteront ce qui fait la base du vignoble des Bosquets aujourd’hui. La majeure partie des vignes du domaine ont été plantées à cette époque là. Peu à peu, ils agrandissent le domaine, par le biais d’acquisition ou d’échanges, et le domaine atteint rapidement sa taille d’aujourd’hui: 26 Ha.

1995, le renouveau…

Peu après la disparition de mon grand-père Gabriel, en 1987, c’est au tour de ma Maman, Sylvette, et de mon frère Laurent, de reprendre le flambeau, et de s’atteler à faire des Bosquets un domaine de premier plan.

A ce moment là, les 26 Ha du domaine n’ont qu’un simple hangar pour stocker le matériel agricole, et les raisins étaient vinifiés au négoce Gabriel Meffre de Gigondas, puisque les Bosquets n’avaient pas encore de chai de vinification. Sylvette et Laurent, aussi propriétaires du château de Vaudieu, décident d’y rapatrier les raisins pour les vinifier eux même.

En 1995, après plusieurs années de réflexion, ils décident de doter le domaine d’un chai de vinification sur place. Ils y érigent un magnifique cuvier gravitaire et circulaire, en forme de chapelle provençale. L’objectif est de traiter avec le plus grand soin les raisins de premier ordre qui passent la porte de la cave.

Très vite, le domaine s’émancipe avec la création d’un bâtiment de stockage, qui permet de faire les premières mises en bouteilles, à la fin des années 90.

2010, le début de l’autonomie…

Après quelques années à Vaudieu, où j’ai appris les rudiments du métier, je décide, avec l’aide de ma famille, de m’installer aux Bosquets et de m’occuper du domaine.

Première chose évidente, le lieu est magique, mais totalement à l’écart des grands axes routiers. On a donc réaménagé un ancien hangar pour enfin pouvoir faire déguster les vins des Bosquets aux Bosquets.

Très attaché au lieu, j’ai décidé de continuer à travailler pour la famille depuis les Bosquets. J’ai donc installé un coin de bureau dans ce bâtiment. Et peu à peu nous nous sommes retrouvés à 5 salariés à travailler sur place.

Tout était fait pour être externalisé, mais très vite, nous faisions tout nous même. Le travail de la vigne, le travail de cave, le stockage, la logistique, les livraison locales, et la commercialisation. Le domaine commençait à sortir de l’anonymat en même temps qu’il sortait de sa torpeur…

Pour sortir du lot, il a fallu sortir du rang…

Dans ce bastion rhodanien de l’assemblage, on s’est très vite mis à travailler à la bourguignonne, ce qui peut paraitre paradoxal. Le parcellaire est devenu notre vision, l’expression du terroir notre religion. Je n’aime pas l’idée d’une cuvée spéciale. Mélanger les meilleures parcelles pour faire bon n’a aucun intérêt si cela n’a aucun marqueur de terroir, mais ce n’est que mon avis. Faire un vin non reproductible, et unique, là ça m’intéresse…

Mais au début l’idée n’était pas de faire différemment des autres, mais simplement de notre mieux. Et faire de notre mieux, ça nous a conduit à faire différemment. La pierre angulaire des Bosquets, c’est la diversité. Alors on a commencé à tout décortiquer pour comprendre…

On a donc refondu les process de vinification, avec l’instauration de la vinification parcellaire, la rénovation du chai souterrain pour les élevages, et enfin, en 2016, l’aboutissement de cette pensée avec la création d’un atelier de micro-vinification en plus du chai originel. 7 ans plus tard, on est passé de 1 vin à 6… On explore.

Je reste persudé que sur une appellation comme Gigondas, on peut faire 1000 vins différents. La diversité est partout. Altitude, orientation, sols, sous-sols, exposition au vent, au soleil, à l’influence des bois, bref… Tout demande d’aborder les choses dans le détail.

On va donc continuer à explorer. Et qui sait, peut être qu’un jour, comme me l’a prédit un immense vigneron des terroirs frais et sablonneux de Châteauneuf-du-pape, quand j’aurai maitrisé suffisamment tous mes terroirs, je passerai à l’étape de composition, et ne ferai plus qu’un vin…

A suivre…